Liset Alea

Français

Liset Alea a le nom du sort. Celui qui en est jeté, qui poursuit quelqu’un comme un destin, qui lui réserve aussi des surprises. Le sort, elle l’a connu à 16 ans, dans les bureaux de WEA Mexique, elle l’a entendu lui parler par la bouche de directeurs artistiques à gros cigares, lui promettre un contrat, lui donner des moyens — la gamine était belle et prometteuse — et lui siffler, entre deux bouffées, le droit de chanter les chansons qu’elle avait écrites. Presque vingt ans après, elle publie un premier disque qu’elle a conçu, écrit et composé, elle, la chanteuse, la choriste idéale, multinstrumentiste, bassiste et guitariste, si douée pour servir les projets les autres (Alexkid, Yasmine Hamdan, Elodie Frégé, Nouvelle Vague, et toutes les chansons qu’elle a écrite pour d’autres, à la Carole King, dans son coin), qui cache depuis longtemps une compositrice et interprète écorchée et sensuelle, mue par tout ce que la musique a d’ivresses à offrir.

Le contrecoup du sort c’est enfin la chance. Au jeu du « Hunter and Tiger », dans la jungle de l’incertitude, Liset a fini par tirer la carte du tigre : celle qui récompense les efforts et la force innée dans le tarot persan. Heart-Headed est le disque d’une femme qui se voit guidée par le cœur mais garde en elle cette part de « Heart-Headed woman » que chantait Wanda Jackson aux premiers temps du rock’n’roll. Entre l’americana de Tarnation et les ballades pop du premier album de Shivaree, entre Danube bleu et guimbarde du désert, les neuf chansons du disque sont comme neuf scènes de cette ambivalence brûlante, de cette guerre — le plus souvent menée contre soi — où la tendresse interfère (« As we prepare for battle while kindness interferes »).
Car Liset a vécu mille vies et elle a tout perdu mille fois. Elle est née à la Havane, d’un père impulsif, cuisinier pour Castro — qui volait à l’occasion au Líder Máximo quelques tranches de viande pour la maison — et d’une mère poétesse à ses heures, pour qui le maquillage aussi était un art. Toute jeune, elle a appris à fuir, à laisser en plan sa maison, ses amis, ses affaires, à vivre dans un pays où il fallait parler une autre langue, vivre plus pauvres, tout recommencer. L’exil la mène à Desamparados, au fin fond du Costa Rica, puis en Floride, à Miami. Elle se souvient de leur petite maison où toute la famille dormait dans la même chambre, ensemble, en sécurité enfin et exposés à un tout nouveau monde. Sur le mélancolique « Going Home », on entend sa voix d’enfant conservée sur une cassette. Elle grandit là comme une parfaite petite américaine, elle a un vélo rose, des rollers. Elle se souvient de l’ouragan Andrew qui en 1994 emporte tout ; elle a quinze ans, elle chante tout le temps, elle écoute les Doors et les Cocteau Twins. Elle prend des cours de chant chez une vieille dame très digne, America Crespo, surnommée la Callas de Cuba dans les années cinquante, exilée elle aussi. Et puis elle entre dans la section « théâtre musical », à la New World School of the Arts de Miami, une école pour graines de stars où elle fréquente même les rejetons des Bee-Gees. Elle y apprend la musique comme un métier, elle écrit, on la remarque. On veut la faire chanter comme Shakira, on l’enregistre à New York, on la harcèle, on l’arnaque, elle rompt son contrat, et avec les cinq cents dollars qu’elle a eu pour tout solde, elle s’achète une guitare folk Seagull dont elle apprend vite à jouer. Egérie électro avec le projet Etro Anime pendant cinq ans, elle sillonne aussi l’Europe, signe un gros contrat chez V2, tourne avec Alexkid avant de revenir au pays, puis à Miami. Elle s’y refait une vie : chanteuse de boîtes interlopes où d’autres offraient leur corps, musicienne à showcases pour lieux chics fréquentés par de riches expatriés. Elle peut beaucoup mieux, elle a un autre destin. En 2010, la rencontre avec Marc Collin change la donne et la ramène en Europe, en France précisément, nouveau pays d’adoption, — elle adapte en anglais « Les Mots bleus » de Christophe — où elle finira pas faire ce disque enfin d’elle et pour elle.
De « Jérusalem » où elle chante sur un ton de défi la gravité d’un cœur brisé à « Serenade for Dogs and Mermaids », où le désir des sirènes embrase le fleuve, elle écrit et compose avec ses sentiments mais aussi un réel savoir faire. A sa voix, qui rappelle Paula Frazer, voire la Marianne Faithfull de « Bored by dreams » ou une Lana del Rey cubaine, les arrangements de cordes et de flûte de Jérémie Poirier-Quinot ou les synthés de Marc Collin, polis dans le mix ample de Bénédicte Schimdt, apportent un écrin voluptueux. Les batteries, jouées par Raphael Chassin, Seb Brun ou Alban Claudin (également aux claviers), mais aussi et surtout les guitares jouées par Jan Pham Huu Tri, Stefane Goldman et par Liset elle-même, jettent sur l’ensemble un peu de poussière de vécu et d’exil.
Avec Heart-Headed, Liset confie au sort son œuvre pour l’heure la plus personnelle. Un peu trop douée, un peu trop belle, amoureuse comme une enfant qui se raconte des histoires — « Asphalt Flowers » —, il faut la voir chanter ses chansons en live, oublier le poids de tous ces charmes dans l’émotion et l’abandon du moment. « Lo que es tuyo, nadie te lo quita » (ce que la vie te réserve, personne ne le prendra à ta place) dit un proverbe espagnol qu’elle aime citer : le sort en est jeté, son avenir lui appartient.

English

Liset Alea has lived a thousand lives. Born in Havana to an impulsive country man who was working in Fidel Castro’s kitchen and from whom he often stole the occasional piece of meat for the family and a literature major mother who had published some of her erotic poetry. At an early age, she already mastered the art of escape, the immigrant’s task of learning how to leave behind one’s home, family, friends, language, comforts and survive in an unfamiliar place.

At 15 she began to study the voice with America Crespo, a Cuban opera legend and Musical Theater at Miami’s New World School of the Arts. At 19 she moves to New York, a waitress by night, she enters the New School Jazz Conservatory for Vocal Jazz and buys her first guitar. She becomes the front woman of the electronic band Etro Anime, co-writes their 1st album which is released through V2. After witnessing the fall of the World Trade Center, she leaves the United States to Amsterdam with the band. They embark upon a tour supporting Kosheen and later Llorca where she meets Alexkid with whom she writes and records  ‘Come with Me’ on his “Mint” album. “Come with Me” becomes an instant electro club and radio hit and she joins Alexkid’s band for a 46 dates European tour.

Seduced by the European way of life, she settles in London for a while, travels to Milan, Athens, Madrid, Berlin for songwriting sessions, many of these collaborations entered the charts in their respective country.

While not on the road she starts working on what will become “Heart-Headed”, her new album co-produced alongside by Marc Collin. Months in the making, “Heart-Headed” displays a balance of craft and emotion and exhibits the refined craftsmanship of her writing.

Her voice, reminiscent at times of Jennifer Charles (Elysian Fields), Marianne Faithful or even a Cuban Lana del Rey, is set against string and flute arrangements, vintage synthesizers and urgent guitars.

The first single “Hunter & Tiger”, heralds “Heart-Headed” as an album that comes straight from the heart but remains grounded in the early rock’n’roll era echoing Wanda Jackson’s Hard Headed woman.

‘Alea Jacta Est’, The die is cast; the future is hers on “Heart-Headed”.

  • facebook.com/LisetAlea/

  • twitter.com/lisetalea